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Peindre sur fond noir

AFFUTONS NOS PINCEAUX

Si la peinture artistique nécessite d’acquérir des notions évoluées de perspective pour recréer la perception du relief, la peinture de figurine a ceci de confortable : c’est un objet gravé en ronde-bosse où le relief s’impose de lui-même. Lors de la mise en couleur, étant donné la réduction d’échelle, il s’agit essentiellement de mettre en valeur les reliefs par le biais de quelques artifices particuliers. Ceux-ci se rapprocheraient plutôt de la patine des objets d’antiquité, ou bien encore des ruses de maquillage que met en œuvre le beau sexe pour berner le sexe dit «fort» (le parallèle est audacieux mais j’ai l’sentiment d’avoir encore rater une occasion de fermer ma g…). La base du processus consiste à réaliser un dégradé de couleurs entre les creux, plus sombres, et les crêtes, plus claires.

Pour des figurines de grande taille (54 à 120mm), cet effet est obtenu soit à la peinture à l’huile grâce au temps de séchage long, qui permet la mise en œuvre d’un fondu progressif entre les crêtes et les creux, soit à l’acrylique, où l’on appose bord à bord des touches de peinture progressivement éclaircies ou assombries suivant le sens de progression choisi. Dans les deux cas, on part d’une couleur de fond blanche ou du ton général de la couleur finale recherchée.

Pour les échelles qui nous concernent, 6, 15 et 28mm, les surfaces à peindre étant sensiblement réduites, il faut alors avoir recours à d’autres méthodes dont la peinture sur fond noir. C’est cette technique que je me propose d’exposer étape par étape, de la préparation à la finition, en prenant en exemple la réalisation d’un bataillon français de la guerre de sept ans, avec, cerise sur le gâteau : un chapitre consacré au soclage.



LA PRÉPARATION ET LA COUCHE DE FOND

Je passe sous silence les conversions sans lesquelles mon esprit malade ne saurait se satisfaire et qui n’ont de limites que l’imagination et la dextérité ; cela ne relève, en effet, pas de la préparation du support à proprement parlé. Par contre, il ne faut surtout pas négliger l’étape capitale que constitue l’ébarbage. Il s’agit de faire disparaître au cutter ou au bistouri chirurgical ou à la lime ou encore au papier de verre, toutes les imperfections et traces dues au moulage. Il s’agit principalement du plan de joint mais aussi les amorces de plomb que laissent les évents lors de l’opération de moulage. Penser que la peinture masquera ces imperfections est commettre une erreur qui se soldera par le résultat inverse, sans coup férir.

Au cours de ces opérations de préparation, les figurines sont manipulées et inévitablement souillées par les empreintes de doigts. Il est alors nécessaire de les dégraisser à l’acétone ou à l’alcool à brûler. Afin de faciliter leur manipulation, je les colle ensuite par série quatre de pose identique, sur des petits tasseaux d’une vingtaine de centimètre. En les disposant ainsi, il devient plus aisé lors de la peinture, de mémoriser par la répétition du geste, le juste coup du pinceau. Par exemple, l’on peindra tous les nez les uns après les autres, puis toutes les joues gauches, puis toutes les joues droites et ainsi de suite. Cela peut paraître plus rébarbatif a priori que de peindre individuellement les figurines mais s’avère payant en terme de régularité et de temps. De même, il me semble préférable d’avoir des unités avec une seule et même pose si l’on excepte les officiers, tambours et porte-drapeau.

Comme la finition se fait à la peinture acrylique, j’utilise pour la sous-couche la peinture noir-mat «enamel» de chez Humbrol que je dilue à la térébenthine. On utilise en effet une peinture d’apprêt qui ne risque pas d’être diluée par le diluant de la peinture de finition. Sans cela, on aboutirait au mélange des pigments voir à l’émergence du plomb par transparence. Il faut rechercher l’application d’une couche le plus uniforme possible. La dilution se fait au juger en sachant que certaines surfaces, comme le visage par exemple, demandent à recevoir un «jus» un peu plus dilué que les guêtres entre autres. Je marque une préférence pour une application au pinceau car il est ainsi plus facile d’atteindre tous les creux de la gravure, ce que ne permet qu’imparfaitement l’application à la bombe. Une association des deux modes d’application avec une première couche de fond diluée appliquée au pinceau (pour bien atteindre tous les creux) suivie d’une deuxième à la bombe ou à l’aérographe pour le reste consisterait sûrement une méthode parfaite qu’il reste à expérimenter.

Par ailleurs, il faut veiller à avoir une surface finale parfaitement mate ; la peinture acrylique accrochera mieux que sur une surface brillante et lisse. Trop souvent, il m’est arrivé d’obtenir une surface satinée, voir brillante, avec une peinture pourtant référencée mate. Cela est du, m’a expliqué un figuriniste confirmé du MCK, aux laques, imparfaitement dosées ou mélangées, contenues dans la peinture et qui, si on les laisse sécher lentement, se figent en surface et confèrent une certaine brillance à l’ensemble. Le fond devient dès lors moins adhérent pour la peinture acrylique. En chauffant, on accélère le séchage et les laques s’évaporent sans se déposer en surface. Cette personne m’a dit utiliser pour cela le four ménager. Mais afin d’éviter le déclenchement d’un conflit armé d’importance majeure pour l’équilibre planétaire avec la principale utilisatrice de cet équipement, j’ai opté chez moi pour un vieux sèche cheveux et obtiens un bon résultat.




Ce bataillon français fin prêt à recevoir la couleur. A noter que j’estime à un peu plus d’une heure le temps de préparation, non compris les conversions, bien sûr.



LE VIF DU SUJET

Comme beaucoup de figurinistes, je commence toujours, par peindre le visage et les mains ; cela donne d’emblée une personnalité à la figurine. Globalement, la méthode consiste lors de la peinture, à prendre bien garde à laisser en noir les zones d’ombre naturelle, ainsi pour la chair : les orbites, le dessous du nez, la bouche, le creux des joues, la limite avec les cheveux et le tricorne, les espaces entre les doigts et d’une façon générale à chaque fois qu’une partie peinte rencontre une autre partie peinte d’une autre couleur. On dépose ainsi sur le visage des petites touches de peinture chair sur des zones clairement identifiables à savoir : le menton, le nez, la lèvre supérieure, une pommette puis l’autre, une joue puis l’autre et à chaque fois pour tout le bataillon. On procède de même pour les mains sauf pour les doigts, pour lesquels, étant donné la finesse de la gravure, on préfèrera un brossage à sec (*).

Le fond noir                                               La chair = la vie !

(*) Le brossage à sec est une technique de peinture (en anglais «dry-brush») qui consiste à prendre avec un pinceau à poils courts, un peu de peinture, d’en essuyer la majeure partie sur un papier essuie-tout, de ne garder qu’un reliquat de peinture puis à déposer sur la figurine, avec le geste de la ménagère qui chercherait à la dépoussiérer, trois fois rien de peinture. Celle-ci se dépose au fil du brossage naturellement sur les crêtes de la gravure alors que les creux restent noirs. Il faut simplement de la légèreté et du doigté. Cette technique est particulièrement indiquée pour faire ressortir les détails fins mais aussi pour marquer les zones d’usure d’un vêtement ou les salissures. 



LES ENCRES 

Le travail sur fond noir peut sembler à ce stade d’avancement, être une manière relativement rudimentaire de traiter l’ombrage de la figurine : les crêtes sont en couleur et les creux en noir. On pourrait presque s’en contenter. Et hop, un coup de vernis et le tour est joué !



N’a-t-il pas meilleure mine comme ça
l’troupier du Bien-Aimé?
Beaucoup le font et il faut bien reconnaître que lorsqu’on veut être efficace, rapide et prolifique, c’est sûrement le meilleur compromis. Par contre, le figuriniste soucieux de la belle finition pourra poursuivre son effort un peu plus loin en tentant d’affiner l’ombrage au moyen des encres (type GamesWorshop «Flesh wash» pour la chair). Ainsi, après avoir terminé la peinture de la totalité des chairs de notre bataillon, on passera sur l’ensemble (creux et bosses) un jus d’encre plus ou moins dilué suivant la complexion désirée. Le jus chargé de pigments se diffuse dans les anfractuosités de la gravure avec une grande fluidité. Le contraste noir/chair est alors atténué et un dégradé sommaire entre les crêtes et les creux se met en place avec une facilité déconcertante. Le résultat obtenu n’est certes pas équivalent au travail fin que l’on peut obtenir à l’huile sur les figurines de grande taille mais il est selon moi très satisfaisant aux petites échelles. Tout cela ne se passe pas sans bavure ni raté. Le coup de patte et l’expérience influent largement sur le résultat et rares sont les fois où il ne faudra pas revenir éclaircir avec le ton chair des zones trop chargées de pigments d’encre.

Plusieurs passages avec une encre très diluée valent mieux qu’un seul passage avec une encre peu diluée. Par ailleurs, une caractéristique des encres est d’obtenir un fini satiné, ce qui importe peu puisque au final le tout sera recouvert de vernis mat. 



LA SUITE

La base de la technique a été expliquée pour la chair et il serait un peu facile que d’annoncer que le reste serait à l’avenant. La principale difficulté réside peut-être dans le fait que notre propos est de peindre des uniformes aux couleurs bien souvent connues ou supposées connues. Or les encres modifient sensiblement la couleur de base. Il est donc prudent de faire des essais préalables et de trouver le couple idéal peinture/encre. Dans le cas de notre uniforme français, il n’y a pas lieu à se poser trop de questions puisque les textes et l’iconographie nous donnent des couleurs variant d’un gris-bleu à un blanc quasi immaculé. La peinture de base est donc un gris clair et l’encre un noir très dilué. Il s’agit de bien faire apparaître les plis tantôt au brossage à sec tantôt en peignant de manière orthodoxe avec le ventre et la pointe du pinceau sans oublier bien entendu, les creux des plis et la jonction avec la banderole de giberne en noir.





La chevelure est traitée par un brossage à sec ocre dorée pour tout le bataillon sauf les officiers bien entendu, qui eux, portent perruque poudrée comme il se doit et qui sera traitée au blanc pur. J’en entends déjà s’offusquer : «Mais tout le monde n’est tout de même pas blond-roux dans ce régiment ?». Qu’importe ! Un passage à l’encre brune plus ou moins diluée permettra d’obtenir un châtain plus ou moins clair conforme à la chevelure bien de chez nous. Cette ocre dorée va me servir à peindre également le bois du fusil et sa bretelle ainsi que la giberne et sa banderole. Il y a ainsi une même couleur de base pour une finition différente puisque la giberne en «cuir de Russie» est traitée à l’encre «chesnut brown» alors que le fusil, sa bretelle et la banderole au même brun que les cheveux. On comprend ainsi qu’avec une même couleur de base on peut obtenir suivant l’encre utilisée une finition bien différente. Bien prendre soin de préserver de toute peinture les pièces métalliques du fusil (baïonnette, embouchoir, anneau de grenadière, pontet, chien et plaque de couche) ainsi que le dessous du rabat de la giberne. 



LE PARFAIT ACHÈVEMENT 

C’est sûrement la phase la plus délicate car on y confond souvent vitesse et précipitation. La hâte de voir nos braves troupiers alignés sur la table est telle que nous résistons difficilement à l’envie de bâcler le travail. Ne nous y trompons pas, c’est aussi là que se fait la différence. Voilà ce qu’il faut faire :

- Peindre l’acier qu’on laissera tel quel ; le coté «brutal» de l’acier n’a pas besoin d’ombrage raffiné, le simple liseré noir en limite est, on ne peut plus, pertinent.
- Peindre les autres métaux : galon du tricorne, poignée de sabre, bouterolle de l’étui et cul de corne à poudre.
- Pour les parties laissées noires (tricorne, nœud du catogan) : une petite touche de noir peut s’avérer utile - reprendre les imperfections de l’ombrage avec les couleurs de base. Des plis peuvent être devenus trop foncés à cause de l’encre par exemple.
- Mettre également en valeur au moyen d’une perle de peinture (au sens propre, la peinture doit former une perle sans diffuser) légèrement diluée ce qui est remarquable :
- sur les chairs : le dessus des mains (dry-brush pour les doigts), le nez et les pommettes,
- sur l’habit : les épaules, les hanches, les coudes, la poitrine,
- sur les jambes : les genoux, les cuisses les mollets,
- sur la banderole : la partie sur l’épaule.

Prêt pour l’inspection et le vernissage

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de repeindre la figurine mais bien de redonner du «volume» à la gravure au moyen de simples petites touches de couleur de base ou légèrement plus claire sans occulter le travail déjà accompli.

- Le vernissage : utiliser une bombe de vernis mat. 1, 2 ou 3 couches, à chacun de voir. Attention de bien secouer la bombe car les solvants mal mélangés au vernis, peuvent endommager la peinture lors de la pulvérisation.

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