Jeux d'Histoire du Ponant - club de jeux d'Histoire à Brest
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lundi 7 novembre 2022

Duel en mer


Le 13 octobre 1794, la toute nouvelle frégate française de 40 canons La Révolutionnaire quitte  Le Havre pour rallier son nouveau port d'attache Brest.

Au bout de huit jours de navigation, la toute nouvelle frégate (elle vient d'être lancée en mai) se trouve à la hauteur de Ouessant. C'est alors qu'elle est prise en chasse par une escadre de quatre frégates anglaises, qui lui barrent la route.

La Révolutionnaire tente de s'échapper. Elle fait désormais route au sud, cherchant à distancer ses adversaires.

Très rapidement, il ne reste plus qu'un seul navire anglais à ses trousses. Il s'agit d'une frégate de 38 canons, le HMS Artois, commandée par Edward Pellew.





Nous avons proposé ce duel aux visiteurs lors de la Fête du jeu Troadé 2022, qui s'est tenue à Plouvorn (Finistère) les 5 et 6 novembre 2022. L'idée était de permettre à des joueurs, totalement novices dans les règles navales, de pouvoir manipuler et manœuvrer des modèles de frégates au 1/1200.

Pour cela, nous avons utilisé notre "petite règle" Bâbord toute !, que vous pouvez consulter sur cette page. Cette règle tient en tout juste une simple feuille recto-verso, et est accessible aux joueurs débutants pour de petites parties rapides.


La frégate anglaise fond sur sa proie, qui l'accueille avec une salve précipitée et inefficace

Le HMS Artois se glisse sur l'arrière de la Révolutionnaire, et offre à ses canonniers une belle opportunité

Dès lors, les deux frégates cherchent à se placer pour gagner un avantage tactique 

Les adversaires sont désormais bord à bord, sous un déluge de feu, à l'avantage de l'Anglais

C'est alors que l'équipage de l'Artois se lance à l'abordage du Français, et le capture

En moins de 10 minutes, avec des joueurs inexpérimentés, nous sommes parvenus au résultat historique de cet engagement (pourtant, rien n'était joué). La Révolutionnaire, trahissant sa patrie d'origine, poursuivra sa carrière sous pavillon britannique jusqu'en 1822.

samedi 3 juillet 2021

L'évasion du Guillaume Tell

En 1798, en se rendant en Egypte, le général Bonaparte s’était emparé de l’île de Malte. Aux yeux des Anglais, c’était un coin inadmissible dans leur domination de la Méditerranée. Un blocus de l’île fut aussitôt engagé.

Les défenses du général de Vaubois étaient inviolables, et les Anglais le savaient. Aussi, priver l’île de tout approvisionnement extérieur était le seul moyen qu’ils avaient pour essayer de déloger les Français.

Afin de prolonger la résistance de la garnison, le conseil de défense décida en mars 1800 de faire sortir le Guillaume Tell. À son bord, le contre amiral Décrès devra informer le gouvernement de la situation. Il saura en profiter pour se «débarrasser» des «bouches inutiles» (pas moins de 130 malades)…

La météo, avec un vent de force 6, n'est pas favorable à la navigation et encore moins à la visibilité. Les Anglais ont donc mis en place des patrouilles de corvettes et frégates le long de la côte, se rapprochant dangereusement des forts profitant de l'aveuglement de circonstance des artilleurs français. 


Le Guillaume Tell (vaisseau de second rang, avec 80 canons) attend une accalmie prévue de la météo pour appareiller au nez et à la barbe de ses "geôliers".

A 23h30, l'accalmie annoncée se fait sentir et il se lance.
Il suppose que le dispositif anglais n'a pas évolué, comme les jours précédents où les vaisseaux mouillaient de nuit juste en dehors de la portée des forts.
Sir Edward Berry, capitaine du HMS Foudroyant  (80 canons) et chef du dispositif de blocus en a décidé autrement. Il demande à ses patrouilles de se rapprocher encore de la côte, les corvettes dans l'ouest de La Valette et le HMS Penelope (frégate de 38 canons)à l'Est.
Les billes bleues sont un artifice pour suivre les  navires anglais sans les dévoiler au joueur français tant qu'ils sont hors de vue.


A 00h30, la frégate HMS Penelope aperçoit la masse imposante du Guillaume Tell dans la nuit. 
Elle fait courir dans le vent aussi vite que possible pour prévenir les vaisseaux au mouillage. 



Malheureusement pour elle, sa manœuvre la mit à portée des batteries meurtrières du vaisseau français. Ce dernier avait intégré des portées nocturnes réduites et chargé tous ses canons avec des boulets ramés. Il en résulte une destruction très significative de la mâture de la frégate, mais insuffisante cependant pour l'empêcher de courir jusqu'au HMS Foudroyant.


Avant même que la Penelope le rejoigne, Sir Berry avait vu la formidable lumière provoquée par la bordée du Guillaume Tell et donné l'ordre d'appareiller en urgence. 

Laissant son ancre au fond, le HMS Foudroyant s'éveille et se lance à la poursuite du fugitif. 


Le HMS Vincenjo (sloop de 18 canons dont 16 caronades) tente de se mettre en travers de la route du mastodonte. 


Dans le lointain, le bruit de la canonnade inquiète le capitaine Harrington du HMS Alexander (vaisseau de 74 canons) qui quitte son mouillage à l'Est pour se rapprocher des combats...

Se faisant, il oublie la consigne de Sir Berry de maintenir le blocus sur le port de La Valette. 


Vaillamment, le HMS Vincenjo tire une première bordée, réalise un virement de bord puis en tire une seconde. Le géant ne s'en laisse pas compter et continue sa course jusqu'à le percuter. 

L'intention du joueur anglais était de ralentir le fuyard, mais il avait compté sans l'écart de taille entre les navires, et le résultat a été une percussion dramatique pour le sloop.

A peine le sloop avalé par les flots, les deux géants, le HMS Foudroyant ayant rattrapé sa proie, commencent un échange intensif de bordées. 
Le HMS Lion (vaisseau de 64 canons) avait quitté son mouillage à la lumière des combats et s'est tranquillement placé pour prendre le fugitif en enfilade avec sa première bordée. Le résultat a été au niveau du brio de la manœuvre, perte totale du mât de beaupré et d'une bonne partie de la misaine.

Le Guillaume Tell résiste vaillamment, mais est maintenant aux prises avec deux vaisseaux anglais moins endommagés que lui qui a finalement perdu sa misaine...


Le HMS Lion manœuvre pour rester dans la bataille ce qui lui vaut de se prendre un enfilade arrière.



Profitant de ce que le HMS Alexander a quitté son poste, des navires français et un corsaire espagnol en profitent pour rejoindre le port de La Valette et ravitailler les défenseurs affamés. 








Au lever du jour, le Guillaume Tell ne s'est toujours pas défait de ses poursuivants et devra rendre les armes après que tous ses mâts ont été abattus. 

Il sera capturé et servira sous le nom de HMS Malta dans la marine anglaise jusqu'en 1840.








Ce scénario est fictif, bien que ses acteurs auraient tous pu s'y trouver. Il nous a permis de tester les derniers ajustements de la règle Pavillon du Roy, pratiquée par le club pour les batailles de cette époque.








Sources d'inspiration :
1/ Batailles navales de la France, Tome second (O. Troudé-1867)
2/ Battles of the British Navy, Vol II (Joseph Allen-1852)
3/ Carte des isles de Malte, du Goze, et du Cuming avec les nouvelles Redoutes & Batteries 1715.(Sieur Milcent)

samedi 24 juin 2017

L'insolence du Castor

Le HMS Castor n'avait pas de chance : la frégate britannique de 32 canons était tombée sur la division française de l'amiral Nielly. Le Castor fut capturé, ainsi que 10 navires marchands dont il avait la charge. 

En plein Atlantique, le 06 mai 1794 le Castor reçut donc le pavillon de la jeune République et son nouvel équipage. Sa mission était de patrouiller et de prévenir le gros de la force si des voiles ennemies se présentaient.

Dix-huit jours après sa capture, la frégate saisit un marchand hollandais égaré, la Maria Gertruda. S'étant trop éloigné de l'escadre française, le commandant du Castor décida de faire voile vers Brest, sa prise en remorque.

C'est ainsi que le Castor, ralenti par son encombrante annexe et aux mains d'un équipage de prise inexpérimenté, commença sa traversée d'une zone où grouillait la marine anglaise.

Le 29 mai, la frégate HMS Carysfort est en vue.

Le HMS Carysfort se prépare à intercepter les deux navires au loin
C'est l'ex-HMS Castor, désormais sous pavillon de la République, remorquant la Maria Gertruda
 L'Anglais ne tarde pas à faire feu, sans réel succès
Son ex-compatriote, confiant, poursuit sa route, ajuste son tir...
... et touche
Les deux navires continuent de se rapprocher, le Castor gardant vaille-que vaille sa remorque
Le combat devient épique
L'Anglais doute, panique ; malgré ses nombreux handicaps, le Castor continue son feu nourri
 Le HMS Carysfort voit s'éloigner sa proie pourtant facile...
et tente désespérément d'ajuster sa dernière salve...
... mais il est trop tard : le Castor et sa remorque sont passés

En quelques dizaines de minutes sur notre table de jeu, nous avons pu encore une fois restituer la réalité des faits sur la règle Fighting Sail. Par contre, de l'autre côté de la Manche, on continue de prétendre que le Castor fut capturé et termina sa carrière sous pavillon britannique. La perfidie et la mauvaise foi n'ont pas de limites.

mardi 23 février 2016

1798 - Combat de L'Iroise


Vaisseau de 74 canons, du même type que l'Hercule

Pendant son voyage inaugural le 21 avril 1798, seulement 24 heures après avoir quitté Brest, l'Hercule, vaisseau français de 74 canons flambant neuf est pris à partie par une flotte anglaise patrouillant devant Brest.

Le combat débute à la Pointe du Raz, où l'Hercule est pris en chasse par le HMS Mars.




Le développement historique a été modifié en faisant durer cette poursuite jusqu'en Iroise, où les deux camps ont été rejoints par des renforts. Les règles utilisées sont celles du "Pavillon du Roy (c)".

Ce scénario fait la part belle aux batteries côtières de la mer d'Iroise qui depuis Vauban empêchent tout débarquement ayant pour vocation de reprendre le contrôle des batteries par la terre.
La zone de bataille simulée est dessinée en rouge sur la carte

La bataille débute alors que l'Hercule a pratiquement fini de franchir le chenal du Toulinguet sous la protection de la batterie éponyme, poursuivi par le HMS Mars avec qui il échange des tirs de pièces de chasse et de retraite sans grand effet.
Le HMS Mars n'est pas loin derrière et commence à essuyer les tirs de la batterie côtière. Il subit des dégâts mineurs.
Peu de temps après le franchissement des deux vaisseaux, leurs manœuvres permettent que le combat s'engage. Au cours de ce dernier, l'Hercule ajustera un tir bien à propos avec des boulets ramés alors que son adversaire a encore toute sa voilure dehors pour se rapprocher.

Le résultat est sans appel : il ne reste plus qu'un seul mât au Mars !
Plus au Nord en mer d'Iroise, une partie de la flotte anglaise accourt pour soutenir le Mars : le HMS Jason (frégate de 32 canons) et le HMS Ramillies (vaisseau de 74 canons).

Ces deux vaisseaux on sous-estimé la puissance de feu du fort de Bertheaume, et le Jason va le découvrir à ses dépends et perdre une partie de sa mâture.
Côté français, les renforts appareillent.

Le vaisseau Le Hasard (64 canons) passe le goulet par le passe nord en jusant, ce qui l'aide bien alors que le vent est de suroît. Il passe ici entre le fort du Mengant et les batteries de Cornouailles et de Beaufort.
La Loire (frégate de 44 canons) appareille du mouillage de Camaret en quittant la protection de la tour et des batteries de l'anse de Camaret et de la pointe du Tremet.
Au large, le combat continue. L'Hercule parvient à prendre le Mars en enfilade, profitant d'une erreur de manœuvre de son capitaine. Les deux autres vaisseaux anglais arrivent en position pour l'engager, mais vont être cueillis par les renforts français.
La Loire engage le combat avec le Jason en position telle que le Ramillies ne peut intervenir.
Le Hasard entrera ensuite dans la mêlée et les bateaux anglais seront très endommagés, au point de ne pouvoir achever l'Hercule avant qu'il atteigne les positions des batteries du goulet. De son côté, l'Hercule rentrera à Brest remorqué et sans mâture.

On peut parler d'une victoire en demi-teinte française, les vaisseaux anglais ayant été rendus inaptes au combat pour un certain temps.

Historiquement, le combat n'eut lieu qu'au niveau de la Pointe du Raz et fut un duel entre l'Hercule et le HMS Mars. L'Hercule, avec un équipage peu expérimenté, a rendu les armes et le vaisseau fut capturé pour commencer une carrière sous les couleurs britanniques.

lundi 21 septembre 2015

Mars et Hercule


 
Hercule naquit à Lorient, le 5 décembre 1797. Lors de son voyage inaugural qui le menait à Brest, ce 74 canons de la jeune République française est repéré par une division britannique qui faisait le blocus du port du Ponant. L'Hercule est escorté par le 50 canons Hydra.

Nous sommes le 21 avril 1798. Les vaisseaux français tentent de franchir le raz de Sein, poursuivis par le HMS Ramillies (74 canons) et les deux frégates HMS Jason et HMS Undaunted. Le HMS Mars (74 canons) est déjà dans la rade de Brest.

Nous avons présenté ce scénario lors de la seconde édition du Festival des jeux organisé par l'association Troadé, à Plouvorn (Finistère).

Durant deux jours, le public était invité à essayer de nombreux types de jeux (société, adresse, plateau, réflexion, figurines...), découvrir une vingtaine de créateurs et leurs récentes créations ainsi que des éditeurs de jeux.

De notre côté, nous avons présenté plusieurs aspects du jeu d'Histoire, que ce soit sur carte ou avec des figurines. Ainsi, nos visiteurs ont pu se projeter dans les guerres puniques en 15mm (voire en 6mm) et le combat naval.
Mais replongeons dans la Mer d'Iroise...

Le HMS Mars au premier plan, côté Rade ; les deux Français s'approchent du Goulet, poursuivis par les 3 vaisseaux anglais
Malgré un vent contraire, le HMS Ramillies suivi par le HMS Jason tente de rattraper les Français qui embouquent déjà le Goulet de Brest ; à gauche, le HMS Undaunted essaie de se faufiler en longeant la côte nord
Comptant sur leur connaissance de la côte, ces derniers n'hésitent pas à la longer au plus près en empruntant la passe sud, bien plus étroite
Le contact se fait dans le goulet : l'Hercule se place en position pour prendre le HMS Undaunted en enfilade alors qu'il essayait de faire la jonction avec le HMS Mars qui avait mouillé en travers du goulet pour "arroser" les "Froggies"
La frégate française Hydra qui escortait l'Hercule meurt bravement sous les coups répétés du HMS Mars et ... de l'Hercule (qui essayait péniblement de toucher ce dernier) ; derrière, les renforts anglais se rapprochent enfin de la passe sud moins délicate dans la gestion du vent contraire et des canons de l'Hercule.
Le HMS Jason qui a enfin atteint la hauteur de la Cormorandière subit les tirs meurtriers de l'Hercule qui en profite pour s'échapper dans la rade par le sud
 Duel à mort entre l'Hydra et le HMS Undaunted qui se neutraliseront
 Le Hercule parvient à passer, et est pris à partie par le HMS Mars...
 ...et, malgré de lourds dégâts, le Hercule parvient à regagner Brest

Nous avons joué ce scénario d'initiation sur la règle Fighting Sail éditée par Osprey. 
Contrairement à son prédécesseur historique, notre Hercule a pu déjouer le blocus britannique et échapper à la capture. En effet, nous ne cherchons pas à restituer l'Histoire, telle qu'elle s'est véritablement déroulée, mais nous l'utilisons comme un prétexte pour pouvoir y jouer.