Jeux d'Histoire du Ponant - club de jeux d'Histoire à Brest

dimanche 16 février 2020

Un déjeuner en Espagne


Entre les brigands traditionnels, les paysans révoltés, les fidèles à la monarchie espagnole, et tous les autres intrigants œuvrant pour la chute de l'Empire napoléonien, il ne faisait définitivement pas bon d'être Français en Espagne en cette année 1812.

Par l'intermédiaire d'un honorable délateur, les autorités françaises sont informées que les Anglais vont rencontrer un groupe de rebelles dans une petite ferme. Leur chef, un Padre exalté, prône la destruction totale des serviteurs de l'Antéchrist.


Les Français ne peuvent pas laisser passer une si belle occasion de mettre la main sur un tel énergumène. Après avoir reçu le renfort d'un petit détachement de l'armée, les gendarmes impériaux passent à l'action. Il est deux heures de l'après-midi.

Par petits groupes, les Français s'approchent du hameau rebelle...
 ...mais ils ne se doutent pas qu'ils sont en fait attendus...
 ...et que des Anglais ont aussi aidé à barricader la ferme
Les lignards restent toutefois méfiants
Effectivement, le comité d'accueil répond aussitôt présent
Les tirs proviennent aussi des fenêtres des bâtiments
Répondant au feu par le feu, les lignards incendient un premier bâtiment
Sur le côté, les tirs anglais sont plus précis
Les Français investissent une barricade...
...mais se font massacrer sous un tir croisé
Les gendarmes rentrent de l'autre côté, paniquant les mules encore lourdement chargées
Des brigands tentent de s'enfuir, sous les moustaches des gendarmes impériaux...
...alors que les Anglais, sentant le vent tourner, décident une sortie
L'assaut est donné sur la maison d'où parviennent de nombreux tirs
On y trouve le fameux padre, exhortant ses compagnons au Martyre
Les reclus se battent jusqu'au bout, mais sont massacrés...
...comme le sont les infortunés fuyards



L'opération a donc porté ses fruits. L'agitateur ne nuira plus, tout comme sa bande de brigands. Quant aux Anglais, ils sont parvenus à s'enfuir, emmenant avec eux les mules et toutes les provisions de bouche qui font tant défaut à leur ordinaire.

lundi 27 janvier 2020

Sybota


Sortant à peine d'une guerre civile, Corcyre (aujourd'hui Corfou) n'avait pas répondu à l'appel à l'aide de sa colonie illyrienne d'Épidamne en proie à des brigands. Les Épidamniens se retournèrent alors sur Corinthe, elle-même à l'origine de Corcyre avec qui elle était en mauvais termes. La boîte de Pandore venait d'être ouverte.

En effet, les Corinthiens virent là l'opportunité de s'affirmer en tant que cité protectrice d'Épidamne, et dépêchèrent aussitôt des troupes. Corcyre réagit violemment, n'acceptant pas l'action de Corinthe dans ses affaires internes.  


Une première bataille navale se joua au cap de Leukimmè, au sud de l'île de Corfou en -435. Les Corcyréens furent vainqueurs, et forcèrent les Corinthiens, humiliés, à se replier... et à revenir se venger.

Devant cette menace évidente, Corcyre renforça ses liens avec le grand ennemi de Corinthe : la cité d'Athènes, avec qui elle conclut une épimachie (traité d'assistance mutuelle en cas d'agression).

Il n'aura fallut attendre que deux ans pour que Corinthe passe à l'action. Les flottes ennemies se rencontrèrent au large des îles Sybota.

Cette fois, les Corcyréens n'étaient pas seuls. Face aux navires corinthiens commandés par Xenoclides, les Corcyréens pouvaient compter sur la présence d'une petite force athénienne. Par contre, les Athéniens, qui ne comptaient qu'une dizaine de navires, avaient reçu l'ordre de rester en retrait et de n'attaquer qu'en cas de tentative de débarquement.
Les Corcyréens avec les Athéniens à leur droite, et, en face, les Corinthiens, se mettent entre les mains du Destin

Sur le papier, les trois stratèges corinthiens Miciades, Aisimides et Eurybatus disposent de la supériorité numérique avec cent cinquante galères. Les Corcyréens en alignent cent dix, auxquelles s'ajoute la dizaine de vaisseaux athéniens commandés par Lacedaimonius. Jamais une bataille entre cités grecques n'avait engagé autant de navires de guerre !

Les deux flottes se rapprochent l'une de l'autre, menaçantes
Les Athéniens, attentistes, forment un "kuklos"
 Visiblement, c'est à proximité des côtes que devrait commencer les combats
Corinthe a l'avantage numérique, et laisse venir...
...mais c'est Corcyre qui prend l'initiative, à coups d'éperons ravageurs
 Les trières corcyréennes prennent aussitôt l'avantage, et isolent l'aile droite corinthienne...
 ...avant de se jeter dessus avec une hargne extraordinaire
 Le centre est également enfoncé, réduisant nombre de vaisseaux à du petit bois
 A ce moment, Corcyre prend véritablement le dessus
 Était-ce le signal attendu par les Athéniens ? Le fait est qu'ils décidèrent à ce moment de s'engager
Chez les Corinthiens démoralisés, c'est le sauve-qui-peut général
Alors que Corcyre incendie le camp corinthien, Xenoclides abandonne la partie

Thucydide rapporte que ce fut un combat "à l'ancienne", qui ignora l'éperon au profit des archers et des abordages. Nous savons désormais qu'il en fut autrement. Quoi qu'il en soit, les dissensions entre cités n'étaient pas prêtes de s'arrêter. La bataille de Sybota fut l'une de celles qui vont précipiter la Grèce dans la Guerre du Péloponnèse.

vendredi 24 janvier 2020

L'émissaire de Nouvelle-France

La Guerre de Sept Ans fait rage en Europe et dans les colonies.

Au Canada, les espions anglais ont découvert qu'une estafette avait été envoyée par le Marquis de Vaudreuil au roi Louis XV. Le gouverneur général de Nouvelle-France réclamait des renforts afin de reprendre Québec, qui venait de tomber aux mains des Treize Colonies.


Après avoir traversé l'Atlantique, et essuyé une tempête exécrable, l'Utile et l'Amphion, qui transportent l'émissaire, s'approchent enfin de Belle-Isle. Nous sommes le 20 décembre 1759.


Alors que les deux navires se rapprochent de la côte française, des frégates anglaises font leur apparition au loin. Ces dernières patrouillaient au large des côtes du Morbihan après leur victoire à la bataille de Cardinaux.


Aux quatre frégates anglaises s'ajoute le HMS Norwich (vaisseau de 50 canons), qui poursuit les navires français depuis qu'ils ont quitté Louisbourg.



Côté français, le vaisseau L'Intrépide (vaisseau de 74 canons), rescapé de la bataille des cardinaux, est au mouillage devant le Palais, attendant la fin du coup de tabac.


De plus, la Comtesse de Gramont, corvette de 18 canons armée par le corsaire Pierre Dolhonde, se tient prête à embouquer le chenal de la Teignouse pour se porter au secours des arrivants.



L'idée du capitaine de L'Utile est de se porter au plus vite entre Belle-Île et la côte afin de pouvoir bénéficier de la protection des batteries côtières Taillefert, Ramonette et Gros Rocher. Son objectif est de débarquer son émissaire à Saint-Nazaire, afin qu'il puisse rejoindre Versailles au plus vite.


Ce que les vigies des navires français n'avaient pas remarqué, était la présence au sud ouest de l'île d'un sloop anglais, servant d'éclaireur aux frégates.



Le capitaine du HMS Weazle (16 canons), n'écoutant que son courage, et conscient de l'urgence à ralentir les Français, se porte seul, toutes voiles dehors malgré la force du vent, au devant des deux navires français arrivant du Canada.

L'histoire retiendra que ce choix risqué s'avéra payant.






Ne sachant pas sur lequel des deux navires se trouvait l'émissaire, il se porta naturellement devant celui qu'il estimait désarmé.

En effet, l'Utile, flûte de 20 canons, avait pris soin de masquer tous ses sabords afin d'être en mesure de tirer de prêt sa première bordée.

Larguant sa première bordée dans les voiles de l'Utile dès qu'il est assez près, le HMS Weazle fait des dégâts bien au-delà de ce qu'il avait espéré.


L'Utile, en pleines voiles, avec un vent résidu de la tempête de la veille se fait littéralement démâter, ne conservant pour poursuivre sa route qu'un mât endommagé et ses chaloupes !

Le HMS Weazle, ne s'attarde pas pour apprécier le spectacle, et file avec toute la dextérité que lui permet sa petite taille pour éviter le retour de flammes. L'Utile n'a plus de voiles mais a toujours ses canons.



Pendant ce temps, la flottille anglaise s'est rapprochée en maintenant sa formation en ligne de file. Derrière l'Utile, le HMS Norwich (50 canons), qui poursuivait l’émissaire depuis Louisbourg mais avait plus souffert de la tempête, arrive pour profiter de l’éclatante action du Weazle.

La Comtesse de Gramont a fini le franchissement du passage de la Teignouse pour sortir de la baie de Quiberon, et cherche à se rapprocher du Weazle afin d'honorer son contrat.

Enfin, L'Intrépide qui avait appareillé, s’apprête à entrer dans la danse en s'interposant entre la flotte anglaise et sa proie.





De son côté, le corsaire Amphion (50 canons) qui escortait l'Utile, se porte au devant de la ligne anglaise pour laisser le passage à l'émissaire.









S'en suivit une "joyeuse" empoignade, au cours de laquelle l'Amphion tâche tant bien que mal de ralentir la flottille anglaise. Mais à un contre quatre, il n'avait que peu de chances de réussir à les ralentir.

L'Intrépide engagea la conversation avec trois frégates anglaises, laissant passer la première qui fondit sur ce qui restait de l'Utile.



Ce dernier cherchant toujours désespérément à rejoindre la côte au moyen de ses chaloupes qui ne lui donnaient évidemment pas assez de vitesse.

Ayant garder suffisamment d'hommes, il ne se privait pas d'arroser au passage la première frégate anglaise avec ses canons intacts.







L'acharnement de l'équipage de l'Utile ne fut pas récompensé et ne résista plus très longtemps aux assauts répétés des Anglais qui l'obligèrent à rentrer ses couleurs.

On notera au passage qu'à deux contre un, la Comtesse de Gramont subit le même sort et a dû rendre les armes.






Anecdote amusante, tout accaparé par l’hallali sur l'Utile et la Comtesse de Gramont, le HMS Norwich ne réduisit pas sa voilure suffisamment tôt au moment de virer pour éviter la côte et n'eut plus assez d'espace et dû mouiller en urgence pour éviter une embrassade trop violente avec la côte.

Au bilan, l'émissaire n'arriva jamais à Versailles, et la Nouvelle France n'eut pas ses renforts.

Quelques mois plus tard, les treize colonies achevaient la conquête de la quasi totalité de ses territoires.

 

Ce scénario est fictif, bien que ses acteurs auraient tous pu s'y trouver. Il nous a permis de tester les derniers ajustements de la règle Pavillon du Roy, pratiquée par le club pour les batailles de cette époque.

samedi 18 janvier 2020

Un petit village du Vercors




Juin 1944.


Les Alliés ont débarqué en Normandie. La Résistance française multiplie les actions de sabotage, et tente de reprendre le territoire occupé en profitant de la panique générale dans les rangs de l’armée allemande. Le maquis du Vercors n’est pas en reste.




 
L’armée allemande, en réaction aux agissements “terroristes” décide de frapper un grand coup : prendre le contrôle d'un village et mettre un coup d’arrêt aux actions de la Résistance dans le secteur.

C'est ainsi que, le 12 juin 1944 au petit matin, un groupe de Résistants prend position dans ce même village. Son objectif est de tenir le carrefour devant l’église, avant l’arrivée de l’armée allemande. 


Rapidement, les Résistants décident d’investir les maisons désertées avant les combats. Ces positions fortifiées leur donneront un avantage, pensent-ils, devant l’avancée allemande.


Cependant, à l’abri derrière les talus, des soldats allemands observent la manœuvre. Les Résistants sont arrivés trop tard pour surprendre leurs adversaires.


Un groupe tente de longer une haie pour se mettre dans une position avantageuse, mais déjà les Allemands entrent dans la ville. Une rafale de mitrailleuse fauche un Résistant et ébranle le groupe de combattants.


L’armée allemande est aux portes de la ville et commence son assaut. Équipées de mitrailleuses légères, les unités allemandes ont une très forte puissance de feu.


Une MG42 sur trépied prend position à l’angle d’un bâtiment pour venir frapper les fenêtres d'où s’échappent les tirs des partisans.


Un groupe de Résistants prend pied dans le cimetière de la ville et arrose un bâtiment dans lequel une section allemande s’est retranchée.


Les Allemands pénètrent dans les bâtiments inoccupés autour du carrefour et éliminent les poches de résistance les unes après les autres.


Dernier fait d’arme de la résistance cette journée-là, la mise en déroute d’une unité allemande qui tentait une traversée à découvert.


Devant l’avancée de la Wehrmacht, la Résistance cède. Sur les quatre groupes initiaux ayant pris position dans le village, un seul est encore opérationnel. C’est un échec cuisant pour les forces françaises et le village restera aux mains des Allemands… pour peu de temps encore.