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Les régiments français de la Guerre de sept ans

Peindre une armée en 15mm sur le thème de la guerre de 7 ans reste un parcours semé de difficultés surtout si l’on n’est familier ni de l’uniformologie ni des techniques du figuriniste. Le jeu d’histoire ne consiste d’ailleurs pas en une expertise dans ces deux domaines mais en acquérir quelques notions s’avère le passage obligé pour qui souhaite un spectacle esthétique de qualité sur sa table de jeu. L’aspect technique de la peinture des figurines a déjà été traité sur une autre page.


Les quelques lignes qui suivent s’attacheront donc après un rappel du vocabulaire uniformologique, à exposer une démarche pour l’interprétation des distinctives régimentaires de l’uniforme de l’infanterie française de la guerre de 7 ans, appliquée à la  peinture des figurines en 15mm



L’UNIFORMOLOGIE DE L’INFANTERIE FRANÇAISE DE LA GUERRE DE SEPT ANS

L’uniformologie est un domaine de la recherche historique qui semble pour les non-initiés relever du rituel de coupage de cheveux en quatre sans grand intérêt pour la compréhension de l’histoire militaire. En acquérir quelques notions permet toutefois de faciliter la peinture de nos chers bouts de plomb et le rappel qui suit permettra par ailleurs une bonne lecture de l’ensemble des données analysées par la suite.

Les caractéristiques uniformologiques de ces régiments peuvent être identifiées grâce aux publications récentes (Osprey consacrés aux Armées de Louis XV de MM Chartrand et Lelièpvre) ou aux textes contemporains que met Patrice Menguy à notre disposition sur son site internet. Les études de Jean Vial que l’on peut consulter sur son site « Nec Pluribus Impar » sont également très précieuses. Enfin le cas échéant, même si elles comportent des erreurs évidentes on peut également se référer aux planches Mouillard mises à la disposition de tous par Philippe Evrard sur son site « Praeteriti Fides Exempluque Futuri ».

Les livres de Liliane et Fred Funcken reprennent ces planches et sont également utiles. Si on observe parfois des divergences entre ces sources, dans l’ensemble, il n’y a rien de rédhibitoire à l’établissement du profil uniformologique de chaque régiment.

A l’aide des différentes sources j’ai donc bâti une base de données uniformologiques pour l’infanterie française de la guerre de 7 ans. Cette base figure en annexe et pour chaque régiment mentionne :
-   l’origine de son recrutement (F : Français ou assimilé, A : allemand ou assimilé, L : régiment de la maison de lorraine, IR : régiment irlandais ou écossais, S : Suisses et Grisons, E : les autres étrangers)
-    le rang d’ancienneté, cela facilite le repérage dans la littérature qui traite du sujet
-    le nom du régiment,
-    le nombre de bataillons,
-   la couleur du galon (et des boutons). Le galon garnit le bord du  chapeau et reprend la couleur du bouton. Si le bouton est d’étain le galon sera de faux argent et s’il est de laiton il sera de faux or. Certains régiments arborent un galonnage aux boutonnières, au col, sur les poches ou aux revers mais cela ne concerne que  quelques rares régiments.
-    la couleur de l’habit. L’habit est la pièce du costume que l’on porte par-dessus l’ensemble. Il est dans l’armée française de Louis XV, gris pour les régiments d’origine française ou assimilée, bleu roi pour les régiments d’origine allemande et rouge pour les Irlandais et les Suisses.
-    la couleur de la veste. La veste est l’équivalent de notre gilet, comprend des manches  et se porte sous l’habit et sur la chemise.
-    la couleur du parement. Le parement est l’ornement de tissu du bout de la manche de l’habit
-    la couleur de la culotte. La culotte peut être gris-blanc, bleu ou rouge.
-    la couleur du retroussis. A l’origine (sous Louis XIV) l’habit se porte sans retroussis (il tombe droit suivant sa coupe d’origine). Toutefois au gré de la mode qui fut d’abord popularisée dans les pays germaniques on prend peu à peu l’habitude de replier les basques de l’habit. Cela rend l’habit moins gênant pour la marche ou la course. Pour formés ces retroussis, on fait se rejoindre les angles de la basque qui sont maintenus ainsi à l’aide d’une agrafe. Les basques arborent par ailleurs des poches factices aux nombres, formes et orientations très variables.
-    la couleur du col. C’est le col de l’habit, il peut être absent pour certains régiments.
-    et enfin la couleur du revers. Il s’agit d’un ornement de poitrine de l’habit. Ce détail vestimentaire est issu de la mode influencée par la Prusse. Il est encore assez rare chez les Français pendant la guerre de 7 ans mais s’imposera pour tous les régiments du fait des réformes de Choiseul.


 
Par un jeu combinatoire entre les poches factices, les couleurs distinctives (gris, bleu, rouge, jaune, chamois, vert, bleu ciel, blanc, noir et violet) qu’arborent le col, les parements, les retroussis et les revers on aboutit à un système de distinctives régimentaires relativement compliqué très difficile à rendre en 15mm.


  





L’EXPLOITATION DES DONNÉES


Peindre les uniformes d’infanterie française du Bien Aimé n’est pas, comme on peut en juger par la somme de détails énumérés ci-dessus, une chose très aisée. De plus l’ensemble des 121 régiments totalise 231 bataillons. Si l’on souhaitait les peindre en totalité pour la règle Age de Raison on devrait peindre 231 x 12, soient 2772 figurines. Je n’ai jamais ouï dire que cela était dans les projets d’aucun d’entre nous au JHP à moins, qu’on ne m’ait caché quelque chose sur les agissements secrets de notre bon Préz’. Il n’en demeure pas moins que lorsqu’on se lance dans la peinture d’un bataillon, le choix des couleurs distinctives est à faire. Hormis le coup de cœur pour une unité particulière, le choix le plus pertinent reste encore de peindre l’uniforme qui a le plus de chance d’apparaître un jour sur nos tables. L’idée consiste alors à rechercher les familles de profil uniformologique qui sont les plus fréquentes au sein de la liste des régiments français.


Une fois le tableau complété et mis en couleur pour le rendre plus lisible, il a été possible d’opérer à des tris à l’aide d’un tableur afin de tenter quelques interprétations utiles à une simplification de l’état uniformologique. A noter qu’on a négligé définitivement le détail des poches qui, s’il est déterminant à l’échelle 1 pour l’identification d’un régiment, ne l’est plus pour des figurines en 15mm. Les fabricants de figurines sont en effet techniquement dans l’incapacité de reproduire la variété infinie de ce détail vestimentaire qui peut adopter des formes, nombres, orientations et nombres de boutons différents. Lors de la phase d’ébarbage des figurines, je procède ainsi à la suppression pure et simple de ce détail. Pourquoi en effet garder un détail que l’on sait pertinemment faux ?

cliquer sur le tableau pour l'agrandir
  
Les grandes familles mises en évidence ont ensuite été cotées alphabétiquement. On aboutit alors à un tableau qui parle de lui-même mais examinons tout de même la famille A. Elle comprend 33 bataillons appartenant aux 20 régiments suivants : Chartres, La Marche, Provence, Rouergue, Berry, Cossé-Brissac/Lemps, Condé, Montmorin, Quercy, Cambrésis, Limousin, Forez, Orléans, Lyonnais, Béarn, Guyenne, La Roche Aymond, Hainaut, Brie,Tournaisis.

 

Cette famille arbore le profil uniformologique le plus fréquemment observé dans l’armée française à savoir : galon de chapeau or, habit, culotte et retroussis gris, parements, col, et veste rouge. Les régiments concernés sont tous à 1 ou 2 bataillons maximums. Il devient dès lors envisageable en peignant dans un premier temps un régiment à 2 bataillons d’entamer un programme de peinture raisonné et progressif en rajoutant au fil du temps la peinture des plaquettes de commandement correspondant aux autres régiments de cette même famille.



Il faut remarquer que si l’on néglige la distinctive relative au galon qui somme toute est un détail peu visible sur du 15mm, ce n’est plus 33 mais 43 bataillons qui correspondent au même profil uniformologique puisque vient s’ajouter la série B qui correspond aux 5 régiments à 2 bataillons suivants : Médoc, Enghien, Bourbon, Rohan/Montbazon/Montrevel et Cambis

A noter la particularité du régiment de Cambis envoyé au Canada : il est le seul à avoir un galon mixte or/argent au chapeau.

Ces principes sont adaptables aux autres séries. Idéalement, pour pouvoir aligner une famille entière de régiments il suffirait donc de peindre 9 figurines dont un tambour aux distinctives régimentaires communes et autant de plaquettes de commandement que de bataillons figurant dans cette famille. On ferait ainsi l’économie d’un programme de peinture pléthorique mais cette démarche a évidemment ses limites. Pour une bataille donnée il n’est en effet jamais exclu, d’avoir besoin de plusieurs régiments au même profil uniformologique. Par ailleurs, de nombreux régiments à un seul bataillon ont un profil uniformologique atypique qui ne correspond au mieux qu’à une seule autre unité de l’armée française. C’est le cas des régiments irlandais ou allemands et étrangers en général. 


CONCLUSION
Que l’on soit ou non intéressé par l’uniformologie, c’est un aspect incontournable pour la constitution d’une armée française de l’ancien régime. Les particularismes uniformologiques sont nombreux mais nous avons vu qu’il est possible de dresser une classification qui consiste à peindre une famille de régiments d’apparence semblable plutôt qu’un régiment donné. Les limites à cette méthode existent mais dès lors que le recensement des régiments présents aux batailles dont nous envisageons la simulation, sera fait, il sera possible d’affiner encore les programmes de peinture à venir. Il me reste enfin à formuler l’espoir que cette petite étude de la magnifique armée des troupiers du Bien Aimé, saura susciter des vocations de figuriniste auprès des belliludistes les plus réticents à s’emparer d’un pinceau.




Les sources :
- Men at arm serie chez Osprey : Louis XV’s Army et The french infantry ;
- Liliane et Fred Funcken : Armes et Uniformes des armées au temps de la Guerre en Dentelles Tome 1 ;
- Les textes contemporains, états militaires, étrennes militaires etc… sur le site http://capitulationfigs.free.fr/sujetsdubienaime/acceuil.html
Vexillologie, uniformologie et histoire régimentaire sur : http://vial.jean.free.fr/new_npi/archives/arch_fran.htm
Vexillologie sur http://www.drapeaux.org/
Les planches Mouillard chez http://pfef.free.fr
Enfin et surtout l'incontournable Kronoskaf qui synthétise beaucoup des informations issues des références citées ci-dessus.

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